Sigonce 04 Nos souvenirs

 

Sigonce ... Cette canicule que nos anciens connaissaient déjà.

 

Aujourd’hui les températures qui voisinent les 40°C voire plus, surprennent tout le monde.

Depuis des décennies les habitants n’étaient plus habitués à de pareilles hausses. Autrefois et particulièrement dans les années 1940, avant et après la guerre, nous avons connu ces pics de chaleur qui paralysaient les activités surtout chez le monde paysan étant assez nombreux à l’époque sur la commune.

 

Nos braves agriculteurs s’organisaient pour en souffrir le moins possible.

 

Dès le lever du jour, ils étaient dans leurs champs avec leurs chevaux. En fin de matinée, ils rentraient au bercail car c’était intenable. Pour se reposer un peu, dès l’après-midi c’était sieste obligatoire car les journées étaient très longues et vraiment pénibles. En fin d’après-midi lorsqu’un semblant d’amélioration se faisait sentir les chevaux commençaient à tourner en rond sur l’aire (endroit plat généralement aménagé à proximité de la ferme) où les gerbes de blé avaient été détachées et éparpillées au sol.

 

Ces braves bêtes harcelées par les mouches traînaient derrière elles un ou deux lourds rouleaux en pierre lesquels écrasaient les épis pour faire sortir le blé de sa coque. Durant des heures, ils tournaient et tournaient autour d’un mât central à cliquet où était fixée la corde qui les guidait.

 

Le soir c’était le "ventaïre" qui entrait en action.

 

Vers 1938 sur l'aire de Delaye Marie-Thérèse (aujourd'hui Noëlle Borza), quartier du monument aux morts.


Nous pouvons voir autour du ventaïre : de gauche à droite Denise Jayne, François Jayne, Raymonde Delaye (Pierre), Moïse Sube, appuyé à côté Ernest Christini, Ange Delaye, Josette Delaye (Just), et Alice Delaye (Sube), avec la corbeille, et deux enfants devant jouant avec le poussis.

 

Un ventaïre actionné par Gilbert Blanc lors de la fête de la Biodiversité, 15 et 16 juillet 2006.

 

Comme on peut le voir sur la photo, Gilbert Blanc en tournant la manivelle actionne la machine : la paille s'envole vers l'avant au gré du vent, tandis que le grain trié séparé de son enveloppe s'écoule à l'arrière, au pied de Mathilde, sa petite fille qui va le tirer vers elle à l'aide d'une raclette appropriée.

 

Cet appareil produisant un puissant courant d’air afin de séparer le blé et le "poussis", mélange de détritus de paille restants et de poussière épaisse.

 

Nous étions enfants et c’était un plaisir pour nous d’aider notre voisin agriculteur M. Léon Brémond qui demeurait rue du château (actuelle maison Keith Smith).

À tour de rôle nous tournions la manivelle ce qui permettait au "ventaïre" de séparer le blé propre qui coulait sur une bâche et le "poussis" récupéré à part. Pour nous c’était un jeu et en quelque sorte nos vacances d’été et malgré cette chaleur étouffante, cette poussière qui se collait sur notre peau couverte de sueur nous restions à l’aider jusqu’à une heure fort tardive. Nos parents savaient où nous étions (juste sous l’école, actuelle propriété de M. Gilles Sube).

 

Dans les maisons il n’y avait ni climatiseur, ni ventilateur, ni autre appareil qui pouvait rafraîchir l’atmosphère. Certains adultes n’en pouvant plus allaient carrément passer la nuit à la belle étoile dans un pailler (Réserve de paille amoncelée au coin d’une aire, paille utilisée particulièrement en hiver dans la mangeoire ou la litière des animaux) pour essayer de dormir un peu car le lendemain matin il fallait se lever de bonne heure pour aller à la mine ou aux champs. Il faisait sûrement 40°C comme aujourd’hui mais à l’époque la météo n’était pas encore là pour nous informer ou nous conforter dans nos estimations.

 

C’est seulement le 17 décembre 1946 que M. Paul Douchy de météo France présente le premier bulletin météorologique télévisé. Depuis nous sommes informés tous les jours, voir plusieurs fois par jour et sur une assez longue période le temps qu’il est susceptible de faire. Nos anciens n’avaient pas de météo mais ils savaient aussi prévoir grâce à la lune, les nuages, le soleil, la couleur du ciel ou quelques dictons de ce que serait leur journée ou leur lendemain. 

Cette grande et anormale canicule nous surprend mais quelques anciens qui restent encore et qui l’ont bien connue en leur temps ont fait avec en appliquant le système débrouille de l’époque. 

 

Émile Portigliatti

Sigonce ... Cette canicule que nos anciens connaissaient déjà.

 Nos souvenirs

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